Le 9 novembre 2016.

Ce matin, dans ma boîte de courriels, j’avais des messages de journalistes américains qui désiraient discuter avec moi de l’impact possible de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis sur le ‘stress collectif’ vécu par la population américaine. Tous voulaient savoir si selon moi, les américains (et peut-être le reste du monde) étaient en train de vivre une réponse de stress à l’annonce de l’élection de cet homme misogyne et raciste.

Ma réponse à ces journalistes a été double. D’abord, je leur ai dit que, puisque la réponse de stress n’est jamais universelle, on peut considérer que seulement une proportion d’américains est actuellement en train de vivre une réponse de stress aiguë et cette proportion doit sûrement être celle qui a voté pour Hillary Clinton. Les gens qui ont ‘gagné leur vote’ et qui ont élu Donald Trump sont sûrement en train de relaxer les deux pieds sur le pouf du salon. Les autres personnes qui ont élu Donald Trump parce qu’ils ont choisi (selon eux) le moins pire de deux poisons doivent se retrouver au centre de ces deux groupes d’individus en termes de stress.

Ensuite, pour décrire la réponse de stress de ces segments de la population, j’ai résumé aux journalistes la réponse physiologique de stress. Les études scientifiques effectuées au cours des 25 dernières années sur le stress humain ont démontré que quatre caractéristiques peuvent induire une réponse de stress chez l’humain. Ces caractéristiques sont additives, c’est-à-dire qu’une situation ne doit pas nécessairement comporter les 4 caractéristiques pour induire une réponse de stress. Plus une situation comporte de ces caractéristiques, plus elle sera stressante.

Ces 4 caractéristiques sont les suivantes :

  • Contrôle faible
  • Imprévisibilité
  • Nouveauté
  • Égo menacé

À chaque fois que je résumais les 4 caractéristiques du stress aux journalistes, ceux-ci s’exclamaient : ‘Mais c’est ceeeeertain que c’est hyper-stressant cette élection de Donald Trump à la présidence de notre pays! On a les 4 caractéristiques en même temps!’ Ehhhhh oui. Mais encore une fois…. seulement pour une proportion d’individus! Pour le segment de la population qui a voté démocrate, ce revirement de situation quant à la prochaine présidence des Etats-Unis était totalement imprévu. La majorité des analystes politiques et experts de tout acabit prédisaient encore hier la victoire d’Hillary Clinton. La situation est nouvelle. Les américains ont à la tête de leur pays un homme nouveau. Toute nouvelle personne élue à la tête d’un pays est nouvelle et donc peut contribuer à un minimum de stress au sein de la population.

Mais continuons avec Donald Trump…. Il possède les 4 caractéristiques. Le sens du contrôle est faible. L’homme que les américains ont élu n’a pas de programme politique défini. On connaît ses points de vue sur les femmes, les gens de couleur, les mexicains et l’avortement, mais on en connaît bien peu sur sa politique internationale, ses idées sur l’économie et sur la santé des américains. Enfin, beaucoup d’égos sont menacés aujourd’hui. D’abord, pour tous les électeurs qui ont voté pour Hillary Clinton et qui demeuraient convaincus que ce serait cette femme qui serait au pouvoir de la machine américaine aujourd’hui, il y a eu un sérieux coup à l’égo. L’égo est aussi menacé dans ce que les américains démocrates ont de plus précieux, c’est-à-dire, leur sens des valeurs. Les valeurs de démocratie, d’ouverture à l’autre, d’équité, de culture, etc., sont maintenant ébranlées par l’élection de Donald Trump.

Alors oui, je crois que nos amis américains démocrates sont en train de vivre un stress collectif. Et je crois que ce n’est pas terminé. La réponse de stress vécue aujourd’hui par les américains démocrates est une réponse de ‘stress aigu’. Cette réponse pourrait aisément disparaître dans les jours à venir. Toutefois, je crois qu’il serait tout à fait possible que cette réponse persiste dans le temps pour induire un stress chronique, et ce, en raison des mêmes 4 caractéristiques de stress qui pourraient continuer à envahir la politique américaine au cours des mois à venir.

D’abord, Donald Trump est un homme impulsif et hautement imprévisible. Tant et aussi longtemps que Mr. Trump continuera d’être imprévisible dans son style, ses actions et ses dires, on peut parier que la population américaine — du moins celle d’allégeance démocrate — continuera de vivre une réponse de stress. Bien que la nouveauté de l’annonce de l’élection de Mr. Trump diminuera dans les jours à venir, il est très probable que compte tenu de son style impulsif, Mr. Trump continue d’induire de la nouveauté sur une base régulière dans la politique américaine. Une nouvelle lubie pourrait apparaître n’importe quand dans la tête de cet homme impulsif et propulser le pays dans un changement majeur non-prévu par la majorité de la population. Comme je l’ai dit précédemment, Mr. Trump est un homme imprévisible qui n’a pas de réel programme politique. Clairement, ce fait à lui seul peut contribuer à diminuer le sens du contrôle de la majorité de la population américaine démocrate. ‘Où va-t-on?’ ‘Que fait-on?’.

Et enfin, Mr. Trump, par son style incendiaire et vulgaire, peut être une réelle menace à l’égo pour une grande majorité d’américains et ce, autant démocrates que républicains (rappelons ici que Mr. Trump ne fait pas l’unanimité au sein même de son parti). On peut donc en conclure qu’un mammouth est entré hier à la présidence des Etats-Unis. Il y demeurera pour quelques années encore et pourrait ainsi contribuer à créer une population vivant un stress chronique. Si c’est le cas, on devrait voir apparaître assez rapidement les effets de ce stress chronique chez la population américaine. Le stress chronique a des effets sur le corps et peut contribuer au développement du diabète, de l’obésité abdominale et/ou aux troubles cardiovasculaires. Si Mr. Trump est le nouveau mammouth des américains, les chercheurs (s’il en reste aux Etats-Unis après l’élection de Mr. Trump…) devraient aisément observer une augmentation de ces maladies au sein de la population américaine au cours des prochaines années. Il reste à espérer que Donald Trump aura su garder un système médical assez fonctionnel pour recevoir tous ces américains et les traiter adéquatement.

Le stress chronique a aussi des effets sur le cerveau. Il diminue l’attention et la mémoire, augmente les colères spontanées et mène les gens à faire des choix impulsifs. A long-terme, le stress chronique est aussi associé à l’émergence d’une symptomatologie dépressive. Encore une fois, on devrait pouvoir observer ces effets sur la population américaine au cours des années à venir par une diminution de la production des travailleurs, des impacts potentiels de cette diminution de productivité sur l’économie et quelques cas de rage inexpliquée chez des gens qui sont de nature bienveillante! Mais je crois aussi qu’on peut calmer notre stress collectif. Ce ne sera pas le premier mammouth auquel fait face l’humain et la réponse de stress est nécessaire à la survie de l’espèce. Le stress collectif vécu par un pan de la population à l’annonce de l’élection de Donald Trump est normal et pourrait même s’avérer adaptatif sur le long-terme. En effet, du stress aigu et/ou chronique émerge souvent la résilience, l’organisation des humains en groupes efficaces (pour chasser le mammouth…) et l’entraide pour arriver à un but commun. Ce sont là des valeurs qui ont permis à l’humain de résister au stress à travers les siècles d’adversités que l’humanité a vécu et ce n’est pas aujourd’hui que les choses devraient changer.

Alors je demeure optimiste devant le mammouth qui est entré hier à la Maison Blanche. Il est gros, il est méchant, il est colérique et il hurle fort. Toutefois, ce n’est qu’un mammouth. Et n’oublions pas…. nous sommes faits pour chasser les mammouths.