Hier matin, j’ai annoncé à mon conjoint que dorénavant, l’une de mes promenades quotidiennes serait faite en solitaire.

 

Puis, quelques heures plus tard, j’ai ajouté que j’irais courir à chaque deux jours, seule aussi.

 

Il a levé les yeux de son écran d’ordinateur et m’a demandé : ‘Ça va ?’

 

Je lui ai répondu ‘oui, mais j’ai besoin d’être un peu seule.  Je ne suis pas fâchée (de toute façon, j’ai depuis longtemps accepté mes insuccès au Scrabble :), je vais bien, mais bon sang de bon sang… j’ai besoin de solitude !’

 

J’ai toujours été une solitaire et pourtant, j’adore être entourée de gens.  À être confinée comme je le suis à toute heure du jour avec fiston et conjoint, je commence à me sentir comme  un animal en cage.  Je vais bien sûr souvent marcher avec eux, mais quand on marche en groupe (à 2 mètres de distance les uns des autres bien sûr!), on jase.  Et jaser, ça remplit encore ma tête avec des éléments de l’extérieur (les mots des autres, leurs histoires, etc.).

 

J’ai donc entrepris de me promener seule avec le chien à l’occasion (bon.. techniquement pas seule vous me direz mais il converse moins que le conjoint!).  J’ai a-do-ré.  Pour la première fois depuis plusieurs jours, j’ai pu laisser monter les pensées librement dans ma tête sans qu’elles soient interrompues par les échanges avec mes proches.  J’ai aussi choisi pendant une période de ne penser strictement à ….. rien!  Je suis même restée immobile à observer un magnifique cardinal (j’ai toujours adoré cet oiseau) dans un arbre tenter de faire la cour à une femelle bien installée à quelques branches de distance.  Personne ne m’a dit : ‘Allez!  On continue la marche !’ Je bougeais et je marchais à ma vitesse.  Je suis revenue revigorée, enjouée et prête à jaser.

 

Pendant ma promenade en solitaire, je me suis rappelée les études de mon collègue John Cacioppo de l’Université de Chicago qui a pendant de nombreuses années étudié les effets de la solitude sur la réponse de stress. John a effectué la majorité de ses recherches auprès des étudiants universitaires car il observait que beaucoup d’entre eux souffrent d’une grande solitude particulièrement lorsqu’ils sont appelés à laisser leur famille et amis pour aller étudier dans une université loin de leur demeure.  Dans à peu près toutes ses études, John a montré que la solitude est un vecteur très important de stress.  Les gens qui vivent seuls et qui souffrent de cette solitude produisent plus d’hormones de stress que les gens qui ne vivent pas seuls.

 

Toutefois, en continuant ma promenade, je me suis aussi rappelée ces vieilles études effectuées chez le rat qui ont montré les effets du surpeuplement sur la réponse de stress.  Les chercheurs ont logé des rats dans des cages sous différentes conditions.  Dans certains cas, les rats étaient logés seuls dans une cage.  Dans d’autres, ils étaient logés entre 2 et 16 rats par cage.  Ils ont mesuré les comportements anxieux des rats après 9 semaines de cohabitation et constaté que les rats qui étaient logés seuls et ceux qui étaient en surpeuplement (9 rats et plus par cage) montraient une augmentation des comportements anxieux.

 

Les chercheurs ont proposé que la solitude augmente le stress car elle diminue de manière trop importante les stimulations auxquelles l’animal est exposé.  À l’inverse, le surpeuplement augmente le stress car il augmente le nombre de stimulations que reçoit l’animal.

 

Ainsi, quand on parle des effets de la cohabitation sur la réponse de stress, trop c’est comme pas assez.  Être constamment entouré pendant de longues périodes peut générer une réponse de stress.  De la même façon, être seul pendant trop longtemps peut aussi mener à un stress.

 

Ce que mon collègue John et les chercheurs travaillant chez l’animal ont systématiquement montré, c’est que le juste milieu a les effets les plus bénéfiques sur la réponse de stress.  Juste assez de solitude, juste assez de gens autour de soi.

 

Ainsi donc, et aussi curieux que cela puisse paraître en ces temps de pandémie, on peut se sentir « surpeuplé » en confinement et avoir besoin d’un peu de solitude.

 

Je vais donc continuer mes promenades en solitaire une fois par jour.  Et j’irai courir seule.  Je n’en serai que mieux entourée de mes proches le reste du temps.

 

Et c’est décidé, je vais m’acharner à tenter de battre fiston au Scrabble.  Vous vous imaginez le nombre de mots payants que je saurai identifier si personne n’interrompt ma pensée quand je marche seule ?

 

Avec W, je peux faire watt, kiwi, wagon, whisky, wu, won …..

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