Salut!

Ça fait longtemps que je ne t’ai pas écrit. En fait, depuis mon dernier blogue qui t’était destiné, tu sais celui sur les ’13 raisons scientifiques de ne pas’.

Et bien me revoici sur ton cellulaire, venue te jaser de ton futur :).

Si tu es en secondaire 5 ou en deuxième année de Cegep, ce sera bientôt la période des inscriptions au collège et à l’université.

Et je te sens très très stressé(e)….. Tu arrives à la maison, de retour d’une rencontre avec l’expert en orientation de ton école, et là….. tu es très mêlé(e).

Où vais-je, que fais-je, qui suis-je?

Tu as passé tous les tests de personnalité que ton expert en orientation pouvait te faire passer, tu as parlé à tes amis qui veulent aller en médecine, en droit ou en génie (ce que j’appelle la ‘trilogie des carrières envisagées au secondaire’), et toi….et bien…. tu ne sais pas trop….. en fait, tu ne sais pas du tout….. encore pire…. tu es dans le néant complet quant à ce que tu veux faire plus tard.

Et tu commences à stresser. Les gens autour de toi, bien intentionnés, te disent que si tu ne sais pas ce que tu vas faire plus tard, tu ne sauras pas à quel programme t’inscrire au Cegep ou à l’université. Tu vas donc nécessairement faire un mauvais choix. Et tu vas perdre une ou deux années à étudier dans un programme qui ne te sert à rien.

Tu paniques. Perdre du temps! Non! Je ne peux pas me permettre ça. Faut aller vite. Où? J’sais pas trop. Mais faut aller vite quelque part….

En plus, tu as tous ces amis comme je te disais tantôt qui savent déjà ce qu’ils veulent devenir plus tard. Tout semble tracé d’avance pour eux. Ils deviendront médecin, chirurgienne, ingénieure, dentiste, vétérinaire, avocat. Ils paraissent toujours très bien dans les partys de Noël ces cousins et cousines quand Papy et Mammy leur demandent ce qu’ils feront plus tard. Ils savent quoi répondre. On s’intéresse à eux. ‘Ahhh oui? Ingénieur! Wow! On est très fiers de toi Jérôme!’.

Et toi, tu es là, dans le coin du salon à siroter ton jus d’orange en priant de toutes tes forces pour que Papy et Mammy ne se tournent pas vers toi pour te demander ce que tu feras plus tard. Que répondre? ‘Je ne sais pas Mamy et Pappy ce que je ferai plus tard?’.

Mouais. Et bien, étant donné que les partys de Noël s’en viennent à grands pas, et que j’ai vu passer des dizaines et des dizaines de jeunes comme toi dans mon bureau depuis bientôt 25 ans que j’enseigne à l’Université, je vais me permettre de te proposer quelque chose à répondre à la fameuse question ‘Que veux-tu devenir plus tard’? quand on te la posera au prochain party de Noël.

Voici la réponse suggérée : ‘Une bonne personne’. Je te jure qu’elle fonctionne à tout coup cette réponse pour faire taire les trop curieux!

Faut les faire taire pour te faire gagner du temps. Et, petite parenthèse pour les grandes personnes… Si vous êtes un parent, un oncle ou un grand-parent qui lisez ce blogue, je vous en conjure…. svp svp svp, cessez de demander cette question à vos jeunes! Elle avait sa place dans les années 1920 quand il y avait à peu près 10 emplois que les gens pouvaient considérer, mais elle n’a vraiment plus sa place dans notre monde contemporain dans lequel des centaines d’emplois de demain n’existent même pas encore aujourd’hui! Cessons de demander à nos jeunes ce qu’ils veulent devenir plus tard et demandons-leur ce qui les intéresse aujourd’hui!

Mais je digresse. Je reviens à toi. Tu sais, j’ai vu beaucoup de jeunes se tourner très rapidement vers des emplois que j’appellent ‘dirigés’ (je t’explique tantôt ce que je veux dire par là) et qui après 3 ans d’emploi, se sont retrouvés tellement malheureux dans leur job qu’ils en font une dépression. Donc, ce n’est pas parce que tu trouves ce que tu veux faire dès maintenant que c’est vraiment ce travail qui te rendra heureux plus tard.

Tu remarqueras que lorsqu’on te propose toutes sortes d’emplois à faire plus tard, il y a deux grands types d’emplois. Il y a ce que j’appelle les ’emplois dirigés’, c’est-à-dire les emplois pour lesquels le parcours est déjà tracé d’avance. Ainsi, pour devenir ‘médecin’, il faut faire sa médecine. On connaît le chemin à prendre et au bout de ce chemin, on devient médecin’. Pour devenir ‘avocat’ il faut faire son droit et passer le barreau. Ici encore, on connaît le chemin à prendre et quand on a fini ce parcours, on devient un avocat. En général, les emplois que les experts en orientation te proposent sont des emplois dirigés, qui sont assez faciles à présenter.

Toutefois, les emplois dirigés ne représentent qu’une infime partie de tous les emplois qui sont disponibles et pour lesquels aucun parcours n’est tracé d’avance! Je te donne un exemple-choc. J’ai un collègue chercheur qui est un expert dans l’étude des pédophiles. Crois-tu qu’il savait déjà à 17 ans qu’il voulait devenir ce type d’expert? J’imagine mal mon collègue dans un party de Noël répondre à la question ‘Que veux-tu devenir plus tard?’ Et mon collègue de répondre: ‘Cher Papy et Mammy, plus tard, je veux devenir un expert en pédophilie!’. J’imagine l’air abasourdi de Papy et Mammy en entendant la réponse :).

Mais non. Mon collègue qui est l’un des plus grands chercheurs au monde expert dans le domaine de la pédophilie ne savait pas à 17 ans ce qu’il allait devenir plus tard, mais il savait un paquet d’autres choses. Il savait qu’il aimait étudier. Il savait qu’il était très curieux. Il savait qu’il apprenait facilement. Il savait qu’il aimait les jeux de détectives et de découvertes. Il connaissait donc ses talents. Première partie de l’équation déjà résolue!

Et pour le reste de son parcours de vie, il n’a fait que suivre ses talents… en attendant de découvrir sa passion. Il est allé à l’école dans les domaines qui l’intéressaient. Il a choisi les cours qui l’intéressaient. Et il a appris un paquet de trucs. Il est allé à l’Université dans le domaine qui l’intéressait et ce, même si personne ne pouvait lui dire à ce moment là que ce chemin allait le mener directement à un emploi appelé X ou Y. Ce n’était pas important pour lui. Puis un jour, rendu à la maîtrise, il est tombé sur un cours donné par un psychologue et qui parlait du cerveau des pédophiles et comment on pourrait apprendre sur cette maladie en comprenant le cerveau de ces gens. Il fut sidéré par ce qu’il venait d’apprendre. Une passion sans bornes venait d’émerger dans sa tête. Tout, mais absolument tout de ce domaine le fascinait. Il venait de trouver sa passion. En combinant ses talents (curiosité, talent d’apprentissage, sens de la découverte) avec cette nouvelle passion (le cerveau des pédophiles), il venait de trouver sa voie. Et il est devenu le plus grand expert au monde dans le domaine de la pédophilie et ses travaux aident aujourd’hui les cliniciens et les gens de droit (avocats, juges etc.) à mieux comprendre ce dérèglement du comportement qui fait tant de torts aux gens.

Alors je t’écris aujourd’hui pour te dire la chose suivante : Ne stresse pas avec ce que tu vas devenir plus tard. Si tu as déjà eu la chance de te trouver une passion dans un emploi dirigé, alors c’est parfait, continue! Toutefois, si tu n’as pas trouvé ta passion dans un emploi dirigé, c’est que tu fais partie de ces gens qui se développeront dans les centaines d’autres emplois qui n’ont pas de chemins tracés d’avance. Alors tu ne peux pas savoir à 17 ans ce que tu feras plus tard, et c’est bien parfait ainsi!

Voici mon conseil de ‘vieux routier’ pour toi. Pour trouver le meilleur emploi pour toi, celui qui te rendra heureux(se), ça te prend deux choses. D’abord, tu dois connaître ton ou tes talents et être capable de les mettre à profit dans ton futur emploi. Il est très probable que tu connaisses déjà ton ou tes talents et donc, c’est merveilleux, tu as déjà 50% du travail de fait! Ensuite, tu dois trouver ta passion. Et ça, c’est plus difficile. Ça prend du temps pour trouver sa passion et la meilleure façon de la trouver, c’est d’essayer des dizaines et des centaines de choses. Et ces choses doivent être variées pour te permettre de voir ce que tu aimes et ce que tu n’aimes pas.

Alors prends des cours différents au Cegep ou à l’Université, et prend en note ceux que tu aimes et ceux que tu n’aimes pas. Cette réalisation te permettra déjà de faire de grands pas. Ensuite, n’hésite pas à expérimenter toutes sortes de choses. Inscris-toi à un cours de mécanique, de théâtre, fais du bénévolat auprès des enfants dans le besoin, à la société de protection des animaux, fais un voyage humanitaire, va apprendre l’anglais en Colombie Britannique. Donne de la viande à ton cerveau, donne-lui la possibilité de voir ce que tu aimes et le reste viendra tout seul.

Souvent, les jeunes vont me dire : ‘Oui mais je ne sais pas ce que j’aime!’. Petit truc pour toi pour découvrir ce que tu aimes: Quand on aime quelque chose, ce n’est jamais difficile de se lever le matin pour faire cette chose. On en voudrait tout le temps. On est curieux face à cette chose. On en parle aux autres. Les gens commencent à nous définir par cette chose. ‘Sonia aime le cerveau, elle en parle tout le temps’. Voilà ma passion!

Quand j’avais 17 ans, j’ai eu un cours de psychologie au Cegep et j’ai trouvé ça fabuleux. J’ai donc fait mon baccalaureat en psychologie. Puis, j’ai commencé à m’ennuyer… Un jour, un professeur a donné un cours sur le cerveau. Ah! que ca m’a intéressée! J’ai donc fait une maîtrise en neuropsychologie, l’étude du cerveau. On me demandait dans les partys de Noël ce que je voulais faire plus tard. Je n’en savais rien, alors je répondais ‘cerveau’!. C’est ça que j’aimais. Après ma maîtrise en neuropsychologie, je me suis un peu ennuyée. J’ai donc décidé de faire un doctorat en sciences neurologiques. Encore plus de cerveau! Rendue là (j’avais quand même 24 ans!), je commencais à comprendre que j’aimerais devenir chercheure scientifique (on ne t’en parle pas beaucoup je crois au secondaire de ce type d’emploi hein?) mais je ne savais pas dans quel domaine. Et ce n’est qu’à la deuxième année de mon doctorat, à 26 ans, que j’ai su ce que j’allais faire dans la vie. Un professeur est venu donner un cours sur les hormones de stress en nous disant que ces hormones ont des effets sur le cerveau. J’ai littéralement cessé de respirer. Je venais de découvrir ma passion. Je n’ai jamais écouté un professeur autant que cette journée là. En sortant du cours, je suis tout de suite allée lire sur le sujet. Et je n’ai jamais cessé depuis. Je peux te dire qu’il n’y a pas un matin où je n’ai pas trippé à l’idée d’aller au laboratoire poursuivre mes expériences.

Si j’avais tout fait pour savoir absolument ce que je voulais faire à 17 ou 20 ans, je ne serais jamais devenue chercheure scientifique. À 16 ans…. je voulais devenir notaire!

Alors je suis venue te dire aujourd’hui ‘ne stresse pas avec ça’. Écoute ce qu’on te propose, regarde ce que tes amis choisissent, mais suis ton intuition. Suis ta passion. Et donne-toi du temps. Il y aura de l’emploi pour toi dans les années à venir, crois-moi! Les entreprises manqueront de personnel car la génération des Baby-Boomers aura quitté le monde du travail. Alors relaxe.

Ouvre grand tes yeux et explore tout ce que tu peux explorer. Quand tu auras trouvé ta passion, tu le sauras, crois-moi! Et d’ici là, amuses-toi bien…. et Joyeux Noël! 😉

Partagez cet article
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin